Comment mieux comprendre, accueillir et traverser ses émotions grâce à une approche sensible et corporelle de la régulation émotionnelle.
On parle beaucoup aujourd’hui de régulation émotionnelle. Souvent avec l’idée qu’il faudrait apprendre à gérer ses émotions, les calmer rapidement, retrouver le contrôle, être plus stable.
Mais dans mon expérience, en accompagnement comme dans les pratiques artistiques, la régulation émotionnelle ressemble rarement à ça.
Une émotion n’est pas un problème à réparer.
Ce n’est pas un bug du cerveau.
Et ce n’est pas non plus un signe que quelque chose “ne va pas” chez nous.
Une émotion est un mouvement.
Un signal.
Quelque chose qui apparaît dans un contexte.
Et très souvent, ce qui fait souffrir, ce n’est pas seulement l’émotion elle-même.
C’est :
- ne pas comprendre ce qui nous arrive,
- ne pas avoir les mots,
- penser qu’on ne devrait pas ressentir ça,
- ou lutter tellement contre l’émotion qu’on finit épuisé.
J’aime beaucoup résumer la régulation émotionnelle autour de quatre verbes piliers :
Contextualiser. Nommer. Accepter. Ressentir.
1. Contextualiser
Quand une émotion apparaît, on cherche souvent immédiatement :
“Pourquoi je ressens ça ?”
Mais cette question peut parfois nous enfermer dans l’analyse de soi ou dans la culpabilité.
Très souvent, il est plus utile de commencer par :
“Dans quel contexte cette émotion est-elle apparue ?”
Parce qu’une émotion n’arrive jamais dans le vide.
Elle apparaît dans :
- une fatigue,
- une surcharge,
- une accumulation,
- une interaction,
- une insécurité,
- une ambiance,
- un souvenir réactivé,
- un corps déjà tendu.
Contextualiser permet de sortir du réflexe :
“Le problème, c’est moi.”
Et ça change énormément.
Parfois, notre système émotionnel réagit de façon parfaitement cohérente à une situation difficile.
En dramathérapie, cette question du contexte est essentielle.
Les émotions émergent souvent dans le jeu, dans les rôles, dans l’imaginaire, dans les interactions symboliques.
Le cadre devient alors un espace où ce qui est vécu peut être observé autrement.
2. Nommer
Nommer ses émotions paraît simple… jusqu’à ce qu’on réalise que beaucoup d’entre nous n’ont jamais appris ce langage-là.
On nous a souvent appris à être sages, raisonnables, performants, adaptés.
Mais pas forcément à reconnaître précisément ce que l’on ressent.
Alors beaucoup de personnes disent :
“Je vais mal.”
Mais entre :
- la tristesse,
- le découragement,
- la honte,
- la frustration,
- la solitude,
- l’anxiété,
- la peur,
- le sentiment de rejet,
… il y a des nuances immenses.
Le vocabulaire émotionnel est un apprentissage.
Comme une langue qu’on n’aurait jamais eu l’occasion de pratiquer.
Et ce n’est pas anodin.
Les neurosciences montrent que le fait de nommer précisément une émotion apaise déjà un peu le cerveau de la peur.
Mettre le bon mot sur une expérience intérieure peut déjà réduire l’intensité.
Parfois, trouver le mot juste crée déjà un petit espace respirable.
En dramathérapie, cette mise en mots ne passe pas toujours directement par le verbal.
Elle peut passer par :
- un personnage,
- une scène,
- une image,
- un geste,
- une métaphore,
- une improvisation.
Parfois il est plus facile de dire :
“Ce personnage se sent abandonné.”
Avant de pouvoir dire :
“Moi aussi.”
3. Accepter
Accepter une émotion ne veut pas dire aimer ce qu’on ressent.
Ni être d’accord avec la situation.
Ni abandonner.
Accepter, c’est arrêter de lutter contre le fait que l’émotion soit déjà là.
Parce qu’on ajoute souvent à l’émotion elle-même tout un discours intérieur :
- “Je ne devrais pas ressentir ça.”
- “Ce n’est pas normal.”
- “Je suis trop sensible.”
- “Je devrais être capable de gérer.”
Et cette lutte épuise énormément.
Très souvent, la souffrance ne vient pas uniquement de l’émotion.
Elle vient aussi de la guerre qu’on mène contre elle.
L’acceptation permet de sortir un peu de ce combat intérieur.
Pas pour se résigner.
Mais pour arrêter d’ajouter de la violence à quelque chose qui fait déjà mal.
Dans les espaces de dramathérapie, il y a souvent cette possibilité précieuse :
laisser exister des émotions qui, ailleurs, n’ont pas toujours le droit d’être là.
La colère.
La vulnérabilité.
La honte.
Le désir.
La peur.
L’ambivalence.
Le jeu crée parfois suffisamment de sécurité pour que quelque chose puisse enfin être ressenti sans être immédiatement censuré.
4. Ressentir
On essaie souvent de résoudre les émotions uniquement avec la tête.
Comprendre.
Analyser.
Expliquer.
Mais une émotion est aussi quelque chose de physique.
Une pression.
Une chaleur.
Une tension.
Un nœud.
Un vide.
Un tremblement.
Ressentir, c’est revenir à cette expérience corporelle.
Observer ce qui se passe.
Sans forcément chercher immédiatement à calmer, détendre, contrôler ou faire disparaître.
Et ça peut être difficile.
Parce qu’on nous apprend souvent à “bien faire” :
- bien respirer,
- bien méditer,
- bien gérer,
- bien se relaxer.
Parfois, cette injonction à réussir son calme rajoute encore du stress à une sensation déjà présente.
Certaines pratiques proposent au contraire quelque chose de beaucoup plus simple :
laisser le souffle faire.
Laisser les sensations bouger.
Ne pas être dans l’effort.
Pas dans l’abandon.
Mais dans une forme de présence moins violente envers soi-même.
En dramathérapie, le corps raconte souvent ce que les mots ne savent pas encore dire.
Le mouvement, la posture, la voix, le rythme, l’espace… deviennent alors des chemins d’accès à l’expérience émotionnelle.
Pourquoi la régulation émotionnelle est importante
La régulation émotionnelle influence profondément :
- les relations,
- la confiance en soi,
- la gestion du stress,
- les conflits,
- l’épuisement émotionnel,
- et la santé mentale de manière générale.
Lorsqu’on ne dispose pas d’outils pour comprendre ce que l’on ressent, les émotions peuvent devenir envahissantes, incompréhensibles ou épuisantes.
Développer une meilleure conscience émotionnelle permet progressivement de :
- reconnaître ses besoins,
- mieux communiquer,
- réduire certaines réactions automatiques,
- retrouver de la sécurité intérieure,
- et développer une relation plus apaisée avec soi-même.
Dans les approches créatives comme la dramathérapie, ce travail ne passe pas uniquement par l’analyse mentale.
Le jeu, le corps, l’imaginaire et l’expression symbolique deviennent aussi des ressources pour explorer et réguler les émotions.
Réguler ne veut pas dire ne plus ressentir
La régulation émotionnelle n’est pas l’absence d’émotions.
C’est la capacité progressive à :
- reconnaître ce qui nous traverse,
- mettre des mots dessus,
- comprendre dans quel contexte cela apparaît,
- laisser une place à l’expérience,
- et traverser tout cela avec un peu moins de lutte intérieure.
Et parfois, le début de la régulation émotionnelle ne consiste pas à changer ce que l’on ressent.
Mais simplement à arrêter de se battre contre le fait de le ressentir.
Dramathérapie et régulation émotionnelle
La dramathérapie permet d’explorer les émotions autrement que par la parole seule.
À travers :
- le jeu,
- les personnages,
- l’improvisation,
- le récit,
- le mouvement,
- ou les images symboliques,
il devient possible d’approcher certaines émotions avec davantage de sécurité, de distance ou de créativité.
Cette approche peut être particulièrement aidante pour les personnes qui ont du mal à identifier leurs émotions, à les verbaliser ou à les ressentir sans se sentir submergées.
La dramathérapie ne cherche pas à supprimer les émotions.
Elle aide à créer un espace où elles peuvent être reconnues, traversées et transformées.
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